Moussa Diallo

Éclairage public · Évaluation de la politique d'extinction nocturne

Remplacer un débat de perceptions par une analyse chiffrée : croiser le trafic nocturne mesuré avec les emprises d'extinction, puis produire quatre scénarios budgétaires pour la délibération des élus.

Client
Agglomération d'Agen · 44 communes · 650 km²
Période
2024
Rôle
Modélisation MCD et MLD, base PostGIS, analyse et chiffrage des scénarios
Stack
PostgreSQL / PostGIS · triggers PL/pgSQL · QGIS · BD TOPO IGN
Résultat clé
Quatre scénarios chiffrés · jusqu'à 24 000 € d'économie annuelle modélisée

Le problème métier

L'Agglomération d'Agen éteint une partie de son éclairage public la nuit, sur deux plages horaires selon les zones. La mesure fait débat : certains habitants se sentent en insécurité, d'autres soutiennent les économies. Le point commun des deux positions était l'absence de donnée. Personne n'avait confronté les emprises d'extinction au trafic nocturne réellement mesuré, ni chiffré ce que coûterait ou rapporterait une modification du périmètre.

Les élus devaient délibérer sur l'évolution de cette politique. Mon livrable devait leur permettre d'arbitrer sur des faits : où l'extinction est pertinente au regard de l'usage réel de la voirie, et combien coûte chaque option.

La démarche

J'ai commencé par modéliser le problème avant de le traiter. Le modèle conceptuel articule six objets : points de comptage routier, réseau routier, emprises d'extinction des deux plages horaires, candélabres, communes et bâti. Le passage au modèle logique PostGIS a matérialisé la relation clé du projet, l'appartenance de chaque tronçon de voirie à une emprise d'extinction.

L'inventaire spatial a produit le premier enseignement. Cartographier les 20 416 foyers lumineux a révélé que certaines voiries ne sont pas équipées du tout : parler d'extinction sur ces zones n'a pas de sens. Ce constat, invisible dans les tableaux, a recadré l'analyse dès le départ.

J'ai ensuite construit l'indicateur central : le temps d'usage routier sous éclairage actif. Pour chaque voie, il cumule le temps de passage des véhicules pendant les heures où l'éclairage fonctionne. Cet indicateur capture la dimension temporelle qu'un simple volume de trafic écrase : une route chargée à 23 h puis déserte n'a pas le même profil qu'une route au trafic étalé sur toute la nuit.

L'architecture

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De l'intégration des sources au chiffrage des scénarios, tout le calcul vit dans la base.

Deux triggers PL/pgSQL calculent automatiquement les statistiques des quelque 400 points de comptage à chaque insertion ou mise à jour. Les jointures spatiales rattachent ensuite chaque tronçon routier à son emprise d'extinction, ce qui permet de savoir, voie par voie, sous quelle plage horaire elle est éteinte. La carte de pertinence croise ces deux lectures : volume de trafic et temps d'usage sous éclairage sur fond d'emprises. Une voie très circulée dans une zone éteinte de 23 h à 6 h ressort immédiatement comme candidate au maintien de l'éclairage.

Les choix de conception

Des triggers plutôt qu'un traitement par lots. La donnée de comptage évolue, avec de nouveaux points et des recalibrages. Les triggers maintiennent les statistiques à jour sans intervention ni supervision, là où un traitement nocturne aurait introduit un décalage permanent.

Un temps d'usage plutôt qu'un volume. L'indicateur devait mesurer la coïncidence entre présence de véhicules et éclairage actif, pas la fréquentation brute. Ce choix a directement déterminé la qualité de la carte de pertinence.

Quatre scénarios plutôt qu'une recommandation. Les élus n'arbitrent pas entre bon et mauvais mais entre des compromis. J'ai chiffré le scénario en place, 183 418 € par an, et trois alternatives : un recentrage sur le cœur urbain à 159 059 € par an, soit 13 % d'économie, une extension nord à 159 210 € et une extension sud à 187 710 €. La matrice de choix appartient au décideur.

Les résultats

Quatre scénarios budgétaires chiffrés remis pour la délibération, avec jusqu'à 24 000 € d'économie annuelle modélisée sur le scénario de recentrage.

Une carte de pertinence et un atlas cartographique transmis aux services techniques pour l'instruction voie par voie.

Un angle mort corrigé : l'inventaire a révélé des voiries sans équipement, retirées du périmètre du débat.

Ce que j'en retiens

C'est le projet qui m'a appris la valeur d'un modèle de données bien conçu. Les deux relations qui lient la voirie aux emprises d'extinction paraissent anecdotiques dans le MLD. Elles portent pourtant toute l'analyse : sans elles, impossible de dire quelle voie est éteinte quand. Le temps investi en modélisation s'est remboursé à chaque requête.

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